22/05/2016

Hommage aux victimes des attentats du 22 mars : discours du Roi

Ce dimanche 22 mai, une cérémonie d'hommage aux victimes des attentats du 22 mars s'est déroulée au sein du Palais Royal, en présence de la Famille Royale, au complet.

Voici le discours prononcé à cette occasion par Sa Majesté le roi Philippe :

"L’épreuve qui nous a touchés doit nous faire réagir" .

Mesdames et Messieurs,

Il y a deux mois, trente-deux personnes, belges et étrangères, vivant ou travaillant ici, ont perdu la vie parce qu’elles se trouvaient tragiquement au mauvais moment au mauvais endroit. Leurs noms, leurs visages, leurs témoignages de vie nous ont tous profondément touchés. Ils resteront à jamais des parents, des frères et des sœurs, des amis, unis à nous, proches de nous.

Certains d’entre vous ont été blessés, marqués dans votre corps et dans votre esprit, par les crimes perpétrés ce 22 mars. Et vous, membres des services d’intervention, de sécurité et de santé, vous les bénévoles, vous qui avez donné sans compter pour sauver et aider. Vous aussi êtes marqués par ce que vous avez vécu.

La Reine et moi avons déjà pu rencontrer beaucoup d’entre vous tous ici présents. Nous avons été émus par vos témoignages et par les récits de vos actions. Si nous sommes ici au Palais, c’est pour vous exprimer le soutien et la reconnaissance de tout le peuple belge.

Guidés par le mal, les terroristes qui nous ont frappés ont voulu tuer, mutiler et faire souffrir. Par la souffrance directe qu’ils infligent, les terroristes cherchent en outre à faire peur et à diviser. Ils cherchent à détruire notre société, en la touchant en plein cœur, dans ce qui nous relie les uns aux autres.

Mesdames et Messieurs,

En me rendant à la station de Maelbeek le mois passé, j’ai été impressionné par les messages laissés par des voyageurs et des passants sur les tableaux commémoratifs. On peut notamment y lire ceci : ‘Je n’ai plus de mots, mais il me reste des pensées : je crois en Nous pour un monde meilleur’. Ou encore : ‘Ce matin j’ai vécu l’horreur, l’innommable. J’ai aussi vécu et vu la solidarité, la vie dans les regards des personnes les plus touchées. J’ai été témoin de fraternité’. Et puis ces trois phrases toutes simples mais tellement fortes : ‘Le cœur de l’humanité bat ici’, ‘Tous ensemble pour que la vie continue’ et ‘L’amour est plus fort que tout’.

Ce que démontrent ces messages, tout comme ceux exprimés avec un infini courage par de nombreux d’entre vous, c’est une grande dignité dans l’épreuve. Ils ne s’arrêtent pas à la haine et la vengeance. Ni à un appel à vivre de façon effrénée et égoïste sans penser au lendemain. Au contraire, ces messages sont l’expression du désir d’un monde meilleur, d’une foi en l’homme malgré l’horreur, d’une unité possible, et parfois même d’une promesse : nous construirons un monde meilleur. Pour eux – les victimes et leurs familles. Pour nous tous.

Nous avons montré que notre société était forte. Forte de votre courage, de vos valeurs, de votre dignité. Forte de ses liens qui se sont raffermis autour de vous en ces jours noirs. Vous n’avez pas cédé, pas plus que l’ensemble de notre société. Au contraire, la réponse de vos cœurs meurtris est pleine d’amour et de générosité. Et la réponse de notre société indignée a été responsable et solidaire. Elle est fondée sur un socle solide. Plutôt que de se laisser désarçonner, nous avons répondu par un appel à l’unité : ‘ Tous ensemble’, proclame le tableau de Maelbeek. Votre réaction et votre attitude, et celles de toute la population, montrent que notre pays peut compter sur des ressources inestimables. C’est sur elles que nous pouvons construire l’avenir.

Les événements nous demandent de prendre du recul. Dans des moments dramatiques comme ceux que nous avons vécus, le côté humain de la gestion de crise est cruciale. Ayons à cet égard une attention toute particulière pour l’accompagnement des familles touchées. Par ailleurs, même si la sécurité absolue n’existe pas, poursuivons nos efforts pour diminuer au maximum les risques. Continuons aussi à jeter de nouveaux ponts entre nous et à construire une société solidaire et ouverte. Il y a évidemment bien d’autres chantiers. Abordons-les lucidement et sereinement sans céder à l’autocritique stérile ni à la morosité.

Mais une autre façon de répondre à ce qui s’est passé, n’est-ce pas, pour nous tous, de se tourner vers notre cœur profond, chacun d’entre nous, et de nous demander : en quoi cela me concerne-t-il ? Que puis-je faire, moi, pour rendre notre monde plus sûr, plus ouvert, plus humain ? La réponse est claire : oui j’ai une responsabilité dans notre vivre ensemble, oui je peux adopter un regard et une attitude valorisante, oui je peux agir pour raffermir les liens dans mon entourage. L’héroïsme discret et authentique que beaucoup d’entre vous ont démontré en ces circonstances exceptionnelles, en est un exemple.

Mesdames et Messieurs,

L’épreuve qui nous a touchés doit nous faire réagir. Prenons conscience de nos forces, corrigeons nos faiblesses et engageons-nous, chacun selon ses responsabilités, et tous ensemble, pour un monde meilleur.

20:18 Écrit par Le comité | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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